Le rêve (d'après une peinture de Picasso)
Elle s’est endormie dans son fauteuil de velours rouge. Et plus rien de ce qui l’entoure ne la concerne désormais.
Elle
s’est endormie bien au chaud dans cette pièce aux murs vert sombre
striés de noir à peine dissimulés par les lourdes tentures brunes
égayées de fleurs et de croisillons orangés.
Elle s’est endormie,
offrant, sans pudeur, aux regards indiscrets, ses rondeurs dénudées.
Son cou ne soutient plus sa tête renversée sur le côté. Un collier de
perles rouges ondule négligemment à la naissance de ses épaules aux
formes pleines. Ses bras reposent, détendus, sur les accoudoirs et se
prolongent par des mains à six doigts qui se croisent légèrement, comme
une protection, sur son ventre rebondi recouvert d’un coussin bleu. Un
corsage plissé vert pomme glisse lentement dégageant la ferme rondeur
d’un sein. Ses cheveux d’or, que l’on devine longs, tombent en cascade
derrière ses épaules et laissent à découvert un visage serein à l’ovale
parfait et aux traits délicatement esquissés. De ses grands yeux, on
n’aperçoit que l’épaisse frange des cils surmontés du fin dessin de ses
sourcils. Son nez grec surplombe une petite bouche à moitié
entrouverte. De ses lèvres carmin s’échappe une ombre qui se joue des
apparences, créant une double perspective où face et profil se
rejoignent en une harmonieuse illusion.
La belle s’est endormie, figée quelque part au milieu de l’éternité.
Pat.

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